Hotaru

Poursuivie la luciole se cache dans la lune
o.wa.re.te wa
tsu.ki ni ka.ku.ru.ru
ho.ta.ru ka.na
Ryôta

La luciole éclaire son poursuivant
o.u hi.to ni
a.ka.ri wo mi.su.ru
ho.ta.ru ka.na
Òemaru

Quand l’aube pointe la luciole redevient insecte
yo ga a.ke.te
mu.shi ni na.ri.ta.ru
ho.ta.ru ka.na
Aon

La luciole sa luisance froide dans ma main
te no u.chi ni
ho.ta.ru tsu.me.ta.ki
hi.ka.ri ka.na
Masaoka Shiki ( 1866-1909 )

https://www.babelio.com/livres/Munier-Haikus–Anthologie/92358

https://haicourtoujours.wordpress.com/2011/05/15/35-haiku-dete-blyth-p-798-810/

Ailes

A l’aube de la vie, l’oisillon se protège
Sous l’aile maternelle, puis l’éducation veille
Donne à ses enfants des racines et des ailes
Jusqu’à ce que le petit ouvre son aile au vent
Avec un grand courage et détermination
Pour voler sur les ailes de la victoire promise
Puis quand le frôlement de l’aile de l’ivresse
Vient le coeur qui palpite sur l’aile du désir
Ailes du papillon affolé de lumière
                                    *
A tire d’ailes l’oiseau rebelle de Carmen,
Si l’amour bat de l’aile et prend du plomb dans l’aile
Rogne le bout de l’aile des illusions perdues
Lorsque l’amour combat les ailes du moulin
Ou fonde au soleil qui dévore ses ailes
Quand l’aile de Verlaine vole folle sur la mer
Et de son inquiétude questionne le pourquoi
Tout là-haut l’albatros aux ailes de géant
Sur le pont du bateau devient triste fardeau
                                     *
Mais toi tu m’as prêté la magie de ton aile
Pour traverser les mers, montagnes et déserts
Admirer les aurores partager mille rêves
Faire ce beau voyage dans les bras d’un poème

Le coeur du monde

Ils sont
La sève des arbres
Le coeur du monde
Les yeux de l’aveugle
La substance des choses

Ils sont
Les forces souterraines
Animant les étoiles
Donnent à l’univers
Sa structure et sa forme

Ils sont
Le cri de révolte
De la vie torturée
Lavent de leur corps
La plaie de la corruption

Ils sont
Le regard du naufragé
Tendant les mains
Vers une promesse trahie
Vers un avenir achevé

Ecoutez-les
Ils ont
Mille visages
Ils sont de toujours
Ils enlacent l’infini
En une gerbe lumineuse

Quand l’un d’eux disparaît
S’éteint une étoile dans le ciel

Car chaque soleil qui meurt
Assombrit la nuit des humains

M’abandonne à la nuit
M’abandonne l’espoir
De demain

gratitude

Mon amour est exceptionnel

Non je ne l’ai pas épousé

Il dessine des arcs-en-ciel

Me nourrit de tendre bonté

 

S’il est parfois sur un nuage

Il reste cependant très sage

Il pratique fort bien l’humour

Et sait aussi me faire la cour

 

Il m’invite à son univers

Me parle des constellations

Des étoiles et de  vaste mer

De la beauté sa dévotion

 

A lui toute ma gratitude

Ma tendresse pour ce conteur

Sans lui ma vie serait bien rude

Il est la chaleur de mon cœur

Carnaval

 

Tanguent les robes à crinoline

Défilent les costumes somptueux

Arlequin baladin et Colombine

Attirent une foule de curieux

 

Plumes et plumettis et ornements

Parures délicates  chatoiement

Prennent la pose aux murs des vieux quartiers

Bonheur des spectateurs émerveillés

 

Etranges silhouettes sans âge

Paradent le long du grand canal

Emotions figées des personnages

Semblent toutes convoler au  bal

 

Rubans de velours fragiles dentelles

Fines broderies mystérieuses

Poses énigmatiques langoureuses

Au loup des courtisanes sensuelles

 

Sous le masque le regard libertin

De quelque conquérant  Casanova

Joue de séduction dans l’anonymat

Tandis que déambule Arlequin

 

Bijoux extravagantes  perruques

Déguisements aux accents meringués

Spectacle au raffinement magique

Couleurs de bonbons acidulés 

 

 Aussi de délicieuses gourmandises

Spectacles aux façades des églises

Timidement les enfants s’avancent

Inquiets  reculent curieux grimacent

 

Rient pleurent parfois s’interrogent

Questionnent  Qui es-tu? observent

Ton masque est-il illusion transgression

Protection ou bien est-il prison?

A quoi tu penses ?

 

A quoi tu penses

Demande la mère à l’enfant

Qui regarde les nuages

Et joue dans le ciel

Avec les oiseaux

 

A quoi tu penses

Demande l’amoureux à sa belle

Qui contemple le paysage merveilleux

De ses espoirs

 

A quoi tu penses

Toi l’arbre

Quand l’enfant joue dans tes branches

Et se réfugie dans tes bras

Comme l’amoureux  et sa belle

 

Quand il monte jusqu’à ta cime

Pour observer le monde à l’entour

Et se rapprocher des nuages

Et des oiseaux

 

A quoi tu penses

Quand les amoureux

Gravent deux coeurs

Et quatre lettres sur ton écorce

Pour défier le temps des promesses

Et protéger le paysage merveilleux

Dont les couleurs pâlissent déjà

Sous le soleil

 

A quoi tu penses quand tu vois s’approcher

Les bûcherons avec leur fer

Quand tes branches s’agitent désespérément

Sous la morsure de leurs outils

Et que tombent les nids des oiseaux

 

A quoi tu penses

Quand tu vois ton corps de géant

Débité en planches

Pour construire les cercueils

Des enfants et des amoureux

 

A quoi tu penses

Quand on t’appelle

Arbre de vie

Et que tu deviens mât de bateau

Ou mât de cocagne

Pour rejoindre le ciel

Où dansent les oiseaux

Et les amoureux

Nymphéas

Claude Monet Nymphéas

Il est au coeur du monde

Un poème qui bat au rythme de la vie

Dans le ruisseau de ses veines

Pulse  son sang respire son âme

Pulse son coeur

 

Dans les bras du poème grandit le nymphéa

Chante-le encore poète pleure son mystère

La musique de ses mots balaie  le trépas

 Ouvre écarte comme tu aimes une femme

Pénètre son intime bois à sa source enfante-toi de lui

Il est ton origine tu es né de son ventre poète

Il est la fibre de ton être il est ton amour

La renarde

 

Je danse sous la lune à l'heure du hibou

Ma parade d'amour j'avance à pas de loup

Je suis ta vie sauvage je suis son coeur secret 

 

Je suis cette renarde qui te cherche et te fuis         

Je suis l'éclair jailli dans le creux de la nuit

Je danse sous la lune à l'heure du hibou

 

Le vent est mon ivresse quand je cours sur la lande

Et cherche la caresse imprégnée de lavande

Je suis ta vie sauvage je suis son coeur secret

 

Sous l'ombre du taillis j'avance à pas feutrés

Le soleil ruisselle sur mon pelage moiré

Je danse sous la lune à l'heure du hibou

 

Mes  petits se culbutent jouent dans les bosquets

Aux éclats de lumière enfants de la forêt

Je danse sous la lune à l'heure du hibou  

Je suis ta vie sauvage je suis son coeur secret